Fidèle à ses principes de gestes simples et d’économie de moyens, Martine Camillieri, avec ce travail objets perdus, poursuit son exploration et sa réinterprétation du quotidien dans une attitude plus distanciée. Au lieu de se saisir de l’objet directement, elle propose ici un inventaire photographique des objets perdus tels qu’ils ont été trouvés ou mis en évidence par une main attentionnée. Poussant la logique de la non-intervention, ou presque de sa part, elle se limite à faire des prises de vue et cartographier là où d’autres ont déjà oeuvré.
Compositions sommaires effectuées par des inconnus, mises en scène bien souvent involontaires, sans prétention artistique ni esthétique, qui attirent pourtant le regard, objets perdus rend compte du caractère minimal, non fabriqué et incongru de ces installations éphémères dans le paysage.

Une première photo, cadrée de près, permet d’identifier l’objet perdu : un pull, une capuche, un doudou, un objet banal, qui appartenait à quelqu’un, dont l’absence est manifeste. Un objet anonyme désormais, posé là, dans l’attente de…
Prise de plus loin, une deuxième photo élargit le champ, fait découvrir l’espace dans lequel apparaît l’objet perdu. Elle montre son inscription dans l’environnement, sa marque insolite sur le territoire.
C’est dans l’action suivante que l’intervention de l’artiste est la plus effective, bien qu’elle ne laisse pas de traces in situ. En effet, après avoir localisé l’emplacement de l’objet perdu, Martine Camillieri l’enregistre sur le réseau satellite GPS, où il devient un point de repère codé, signalant ainsi sa présence précisément au plus loin, hors cadre, dans un espace tridimensionnel.

L’ensemble des trois éléments réunis, les deux photos juxtaposées et la codification GPS, constitue les oeuvres objets perdus. Le passage du très près au lointain, du registre de l’anonymat à celui de l’identification amène à modifier sensiblement le statut de l’objet. Perdu, il ne l’est plus totalement, puisqu’il a été vu et signalé. D’objet, il devient signe, de signe, il devient sujet, doté d’une autre fonction. Sujet d’une oeuvre, point sur une carte. Sauvé de l’oubli. Au moins dans l’espace virtuel. Sur place, c’est une autre histoire.

Car si l’approche de ce travail est plus conceptuelle et n’affiche aucun sentimentalisme, il n’en demeure pas moins que la question de l’objet perdu est posée. D’où vient-il ? A qui appartenait-il ? Que deviendra-t-il ? Sera-t-il retrouvé ? Va-t-il disparaître ? Derrière tous ces objets affleure une légère inquiétude, qui s’égare elle aussi sur le parcours entre la proximité et la distance, l’abandon et l’oubli, ce qui reste et ce qui ne sera plus. Plus grave qu’il n’y paraît de prime abord, objets perdus réveille le sentiment de la fragilité des choses, – et celle des êtres, la trace de leur passage – abandonnées sur un chemin, une route, au coin d’une rue. Et dont la vie serait ailleurs. Jusqu’à ce que le regard d’une personne ne vienne se poser sur lui et le ramène à la vue. Acte de reconnaissance en quelque sorte de « l’inventeur », nom donné à celui qui trouve un objet perdu. Inventrice, Martine Camillieri l’est au quotidien.

Marie Gayet
Nov 2008

Merci à Bernd Richter, à la fois conducteur et oeil de lynx, sur les pistes de cette aventure photographique.
À Marie Gayet, auteur, qui se penche sur mon travail et sait me rendre si précise.
À Stéphanie Boisset, la conceptrice de mes vitrines web.

 

True to her belief in simple gestures and minimal means, Martine Camillieri, through her work lost items, pursues her exploration and reinterpretation of daily life with a more detached attitude. Instead of using the object directly, she offers a photographic inventory of lost items, as she found them or placed in view by a well-meaning hand. Following through on the logic of her quasi non-intervention, she has limited her work to photographs and maps showing where others have already intervened. Austere compositions, created by anonymous passersby, arranged often involuntarily, without any artistic or aesthetic pretentions, which nevertheless attract the eye, lost items reveal the minimal, non-fabricated and incongruous character of these ephemeral installations in their surroundings.

An initial photograph, a close-up, enables identification of the lost item: a sweater, a hood, a child’s doll, a mundane item that once belonged to someone and is obviously missed. The newly anonymous item has been placed there, waiting… A second photo, taken from a greater distance, broadens the field to reveal the space surrounding the lost item. It shows its place within its environment, its unexpected mark on the landscape. Yet it is the artist’s next action that is the most effective, even though it leaves no traces on site. After localising the position of the lost item, Martine Camillieri records it in the GPS satellite network, where it becomes a coded landmark, signalling its position from afar, outside the frame, in a three-dimensional space.

The combination of these three elements, the two juxtaposed photos and the GPS code, make up the works of lost items. The transition from close-up to far away, from anonymity to identification, significantly changes the status of the item. While lost, it is no longer totally so, because it has been seen and reported. The item has become a sign and the sign a subject, endowed with another function. Subject of a work, a dot on the map. Rescued from oblivion, at least in the virtual world. On site, it is a different story.

While the approach underlying this work is conceptual and devoid of emotion, the question of the lost item is nevertheless raised. Where does it come from? Who does it belong to? What will become of it? Will it be found? Will it disappear? Behind all these items lurks a faint air of concern, lost in turn on the path between closeness and distance, abandon and oblivion, what is permanent and merely passing. A more serious question arises that is not obvious at first glance: lost items awakens an awareness of the fragility of things –and beings, the trace of their passing –abandoned along the way, on the road, at a street corner. Their life is elsewhere, until a passerby notices them and replaces them within sight. An act of recognition by the « inventor », the name the artist uses to designate the person who finds a lost item. Martine Camillieri is herself such an inventor, of every day life.

Marie Gayet
Nov 2008

Special thanks to:
Bernd Richter, for his driving skills and « eagle eye » on the paths of this photographic adventure,
Marie Gayet, author, for reviewing my work and helping me say what I mean and
Stéphanie Boisset, for designing my web showcases.